Qu’est ce que le sport ?

“Le sport a le pouvoir de changer le monde. Il a le pouvoir d’unir les gens d’une manière quasi unique. Le sport peut créer de l’espoir là où il n’y avait que du désespoir.”

  • Nelson Mandela 

Les mots de cette phrase résonnent dans la tête de tous les amoureux de sport, peu importe la discipline, bien que cette idée n’ait pas été partagée par tout le monde : on peut citer par exemple Léon Bloy (un écrivain français du XIXe) pour qui “le sport est le moyen le plus sûr de produire une génération d’infirmes et de crétins malfaisants”, ou encore Thomas Bernhard (un écrivain autrichien) qui considère que “le sport amuse les masse, leur bouffe l’esprit et les abêtit”.

  • Définition et étymologie du sport 

Même si ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, le sport ne fait pas l’unanimité. Alors qu’on sait que la pratique régulière d’une activité physique est bénéfique pour le corps et l’esprit, le sport en tant que divertissement ou spectacle peut être vivement critiqué, certains n’hésitant pas à le qualifier d’opium du peuple. 

Alors lorsque je me suis posé une question : Qu’est ce que le sport ?

Selon le CNRTL : “le sport est une activité physique nécessitant généralement un entraînement, qui s’exerce sous forme de jeu ou de compétition suivant des règles déterminées.” Ça a l’air simple écrit comme cela, mais c’est légèrement plus complexe. Pour le comprendre, on va revenir sur l’origine du mot “sport”. 

Le mot “sport” vient de l’ancien anglais “disport” qui veut dire “diversion from serious duties”/”récréation” durant le XIXe (à cette époque, la chasse, la pêche ou le tir rentraient dans cette notion au même titre que le foot et le criquet). 

Lui-même vient du latin deportare (deporto) qui veut dire “déporter” ou “transporter”. C’est une notion de loisir qui y est associée, celle de “pratique sportive” ou encore de “professionnalisme” apparaissant bien plus récemment. 

Ainsi, dans la définition, les mots “activité physique” ne sont pas les plus importants à retenir, les plus importants sont “entraînements” et “compétitions”. Les fléchettes, la pétanque ou encore les échecs sont des sports à part entière sans une réelle pratique physique derrière. 

  • Le sport, activité pas nécessairement physique

« Il n’y a pas de sport plus violent que les échecs. »

  • Gary Kasparov 

Les boulistes pro s’entraînent tous les jours de même que pour les joueurs de fléchettes. Ils ne pratiquent pas la même chose que nous lorsqu’on joue à la pétanque ou aux fléchettes entre amis. Ce sont donc ces deux notions (“entraînement” et “compétition”) qui différencient la pratique entre un simple jeu et un réel sport. 

On va prendre un exemple qui illustre cette différence : le jeu d’échecs. Ce jeu vieux de plus de 1400 ans est aujourd’hui un véritable sport, un sport cérébral (le seul dont la fédération a reçu l’agrément du ministère chargé des sports en France).

Le jeu d’échecs devient un sport dans la mesure où certains en ont une pratique professionnelle (ils dédient leur vie, jusqu’à leur santé à ce jeu). Ce n’est pas pour rien qu’il y a des clubs, un classement des joueurs mondiaux (le classement Elo) et une fédération internationale avec 189 membres (la F.I.D.E). On appelle les parties des “matchs” qui sont diffusées. Les échecs ont aussi leurs champions et leurs légendes comme Bobby Fischer, Garry Kasparov ou Magnus Carlsen par exemple. Par ailleurs, c’était le sport national de l’URSS durant la Guerre Froide et la rivalité entre les soviétiques et les américains s’est même jouée sur les plateaux d’échecs comme l’illustre le “match du siècle” entre Bobby Fischer et Boris Spassky en 1972 .

Ainsi, c’est un sport complexe avec ses propres stratégies et manière de jouer. Kasparov disait même qu’il n’y “avait pas de sport plus violent”. 

Évidemment, ce n’est pas le seul jeu dans ce cas là : on peut citer d’autres exemples comme les mots-croisés, le jeu de dames, le poker ou encore plus récemment l’Esport bien sûr. Cette différence entre sport et loisir s’applique entièrement à des jeux vidéo comme League of Legends ou Rocket League, aujourd’hui références dans le domaine. Les rencontres génèrent énormément d’engouement et de plus en plus d’équipes voient le jour, ramenant de plus en plus de supporters lors des matchs. Les joueurs ont le même mode de vie que des sportifs professionnels “classiques” avec entraînements, préparations physiques et mentales, agents etc. 

  • Différence entre sport et jeu 

Le sport est un jeu dans le sens où il y a une compétition, pour savoir qui gagne la partie on compte les points, ou le temps par exemple. Mais la différence entre jeu et sport va se faire dans la manière d’aborder cette compétition : l’état d’esprit. C’est ce qui va marquer cette nuance entre simple jeu, un loisir auquel on joue pour se divertir, avec un réel sport où il y a une recherche constante d’amélioration de performance et/ou de résultat. Dans les 2 cas compétition il y à mais le degré diffère.

Ci-dessus, la Karmine Corp, équipe française d’Esport championne d’Europe en 2025

Revenons donc à nos jeux de sociétés “classiques” : lorsqu’on joue à ces derniers, le hasard entre beaucoup plus en compte sur le déroulement d’une partie (c’est une généralisation bien sûr) : un individu a beau être fort au Monopoly s’il ne tombe que sur le 1 ses adversaires iront plus vite que lui. De plus, il n’y a pas tout cet aspect mental, d’entraînement ou de préparation qu’il y a dans le sport que cela soit au niveau amateur ou professionnel. On joue pour jouer, c’est un loisir, un divertissement.

  • Différence entre sport et art 

Pour finir, il y a une dernière notion que j’aimerais aborder : la différence entre le sport et l’art. C’est vrai qu’à première vue les deux domaines semblent être extrêmement différents voire même en totale opposition : c’est rare d’entendre un sportif parler d’art, comme c’est rare d’entendre un artiste parler en bien de sport sans y apporter un ton méprisant (c’est assez caricatural certes).

L’art est associé à l’esprit, la culture voire à l’intelligence parfois tandis que le sport est associé au corps (le fameux cliché du sportif sans cervelle). Cependant, est-ce vraiment si différent ? Ne pourrait-on pas les rapprocher ? Dans les 2 cas (de l’artiste et du sportif professionnel), les deux individus maîtrisent leur discipline comme personne dans le commun de la population. Les deux peuvent également être pratiqués comme des hobbys pour passer le temps

Ou alors être pratiqué comme une réelle passion qui va pousser à la performance. D’ailleurs n’y a-t-il pas des compétitions dans l’art ? Tous les concours amateurs, les différents prix : les Grammys Awards, les Oscars ou l’Eurovision ? On retrouve parfaitement dans l’art les composantes de ce qui fait un sport : entraînement et compétition. Par ailleurs, les commentateurs sportifs ne comparent-ils pas un formidable joueur à un artiste quand il sort une incroyable performance ? Ou encore, n’appelle-t-on pas la boxe le “noble art” ?

Mais pourquoi ces deux domaines sont-ils constamment opposés ? Alors pour commencer nous allons devoir expliquer : Qu’est ce que l’art ? 

  • Qu’est-ce que l’art ? 

L’étymologie donc, “art” vient du latin “ars” qui veut littéralement dire habileté, technique ou savoir-faire. L’artiste au sens premier est donc celui qui maîtrise un savoir-faire ou une technique. S’il n’y a pas de technique il n’y a donc pas d’art ni par conséquent d’œuvre d’art. 

De nos jours, du mot art découlent deux autres mots : artiste, bien sûr, et artisan. Les deux sont des individus qui maîtrisent un savoir-faire et qui ont des connaissances techniques dans un domaine précis. La différence entre les deux se fait dans le but de leur pratique.

L’artisan va réaliser un travail manuel qui va, en général, être utile : le menuisier travaille le bois pour faire des meubles et des charpentes, le forgeron le métal pour faire des outils, le boulanger du pain etc. L’artiste quant à lui va produire des œuvres d’art (peinture, sculpture, musique, cinéma…) qui vont prolonger l’inspiration de l’artiste (une transmission d’émotion ou de message politique par exemple) à travers l’un des 5 sens, et vont parfois en toucher plusieurs comme le cinéma. Cette œuvre d’art va développer chez nous une sensibilité, issue d’une émotion (colère, joie, tristesse, peur) grâce à nos sens. Enfin, en général, l’art doit être « beau », ce qui va produire une émotion chez nous spectateurs liée au sentiment du “beau”, qui n’est pas exclusivement lié à l’art d’ailleurs.

Alors, le but de l’art ainsi que de tout artiste est le même : exprimer quelque chose. Même s’il n’est pas politique, l’art a toujours eu un but des hommes préhistoriques à Lascaux jusqu’au plug de la place Vendôme en 2014. Chacun est libre après d’apprécier ou non selon ses goûts et sa sensibilité. 

  • Le sport et l’art, entre convergence et divergence 

« Le tennis, c’est plus qu’un sport. C’est un art au même titre que la danse. »

  • Bill Tilden

C’est là l’une, si ce n’est la plus grande différence entre art et sport : le sport n’a pas pour but d’exprimer quoi que ce soit. Certes on ressent des émotions lorsqu’on regarde ou pratique un sport, mais ce n’est pas l’objet du sport en lui-même. Excepté la danse qui est (avec peut-être toutes les disciplines liées à la cascade et le catch) une des seules disciplines à réunir sport et art. 

Quand un journaliste s’exclame à la télévision “quel artiste celui-là” ou alors quand on nomme la boxe anglaise “Noble Art”, on crée un statut d’exception. On place l’athlète qui performe au-dessus des autres, au-dessus du commun des gens : il est meilleur que les autres. Ces termes sont également utilisés (à dessein ou non) afin de faire reconnaître la place centrale que le sport ou que le sportif prend à ce moment-là, lorsque Zidane met un doublé en finale de Coupe du Monde 98 : il est au centre du monde. 

Par ailleurs, l’art n’est pas totalement absent du monde du sport et encore moins depuis que les matchs sont diffusés à la télévision : la couleur du stade, des gradins, les logo (clubs ou sponsors), les maillots. Tout cela est pensé pour être perçu comme beau.

On peut même noter le fait que dans certains sports, en particulier le foot, l’art est présent comme un acteur à part entière grâce aux tifos des supporters. Ces derniers sont de l’art, et font partie intégrante du paysage footballistique.

Un exemple de tifo du CUP (Collectif Ultra Paris), s’inspirant de Dragon Ball, en 2019

Néanmoins, le sport se diffère en deux points selon le sociologue français Paul Yonnet : 

Le 1er est l’incertitude. L’art n’est pas conçu avec de l’incertitude, le spectateur n’est pas animé autour de l’attente d’un dénouement, contrairement au sport qui est organisé autour du suspens : typiquement “qui va gagner ? Qui va perdre ?”. (Cette notion est à nuancer avec les films et romans policier, mais Yonnet ne les considère pas vraiment comme de l’art)

La deuxième différence se fait sur la quantité. Au sport, pour savoir qui est le vainqueur on mesure une quantité : qui à marqué le plus de points, qui à été le plus rapide, qui a sauté le plus haut etc. Dans l’art, la notion de quantité n’existe pas. On ne juge pas un artiste car il a produit 2 ou 200 œuvres, on le juge à la qualité de ces dernières et à ce qu’elles transmettent. 

Bien que dans le sport la notion de qualité est présente elle n’est pas centrale pour aboutir à un résultat. 

Pour conclure, le sport ne se résume pas qu’à juste faire du cardio, avoir des muscles et taper dans un ballon. C’est beaucoup plus que ça et je pense qu’il était intéressant d’en parler car la plupart des gens lorsqu’ils parlent de sport ne se focalisent uniquement que sur cet aspect physique. On n’est pas obligé d’aimer pratiquer ou regarder du sport à la TV mais on ne peut nier son importance ni le mépriser en considérant une pratique ou une passion d’un sport quel qu’il soit comme quelque chose pour les ignorants qui n’ont aucune culture ou sensibilité. Le sport va bien plus loin et est bien plus complexe que cela.

  • La Jibe